C’est l’histoire de quatre adolescents qui trinquent dans un café à Bruxelles. On est en 1900 et la guerre fait rage au Transvaal (l’Afrique du Sud actuelle). Jeunes militants socialistes, ils reviennent d’un meeting antimilitariste et se demandent ce qu’il faut faire pour mettre un terme au conflit.

Le plus jeune, Jean-Baptiste (15 ans) affirme qu’il va tuer le Prince de Galles, de passage dans leur ville. Les trois autres rient de lui. Le plus vieux, Arthur (17 ans et demi), le met au défi de passer à l’acte. Pari tenu, lui répond Jean-Baptiste. Arthur a un vieux revolver tout rouillé et accepte de le vendre à son ami. « On verra bien si tu es assez brave pour le descendre ».
Deux jours plus tard, les quatre copains se rendent à la gare de Bruxelles, où arrive le prince anglais. Jean-Baptiste tire sur lui mais rate la cible. Il n’a pas le temps de recharger son arme que des passants se jettent sur lui. Les quatre adolescents sont arrêtés : Jean-Baptiste pour tentative de meurtre, les trois autres pour leur participation au complot. Malgré le fait que tout semble les incriminer, malgré les pressions de l’opinion publique anglaise, les quatre sont acquittés au terme de leur procès. Erreur de jeunesse. Pari stupide. Fin de l’histoire? Pas tout à fait.
Le plus vieux des quatre, celui qui a fourni l’arme au plus jeune, s’appelle Arthur Meert. Il s’implique dans l’Avant-Garde socialiste, l’organisation de jeunesse du Parti ouvrier belge. Malgré son jeune âge, il prend la parole dans plusieurs meetings antimilitaristes. Au moment de son arrestation, Meert demeure chez ses parents et travaille comme cordonnier dans une fabrique de chaussure.
En 1901, Meert entame son implication dans le Syndicat national des travailleurs de la chaussure. Il joue un rôle de premier plan au congrès de 1902 et devient secrétaire du bureau provisoire de la fédération. Meert est également l’administrateur et le rédacteur du journal Les travailleurs en chaussure de Bruxelles et collabore à Jeunesse socialiste, publication de la Jeune garde socialiste. Il prend régulièrement la parole dans des meetings de propagande en faveur du suffrage universel et de l’organisation syndicale chez les cordonniers. Toujours impliqué dans la fédération, il participe au congrès de l’organisation au mois de janvier 1903 et demeure impliqué dans ce syndicat jusqu’au mois de juin de la même année.
Pour des motifs encore inconnus, Meert immigre aux États-Unis. Il arrive à Boston (Massachussetts, États-Unis) le 21 décembre 1903, possiblement pour rejoindre d’autres membres de sa famille. On le retrouve au Québec en 1904. Meert et son épouse Madeleine s’installent à Maisonneuve, qui n’est encore qu’une banlieue ouvrière de Montréal. Très rapidement, Meert s’implique dans le mouvement ouvrier. Délégué de l’union locale 266 de la Boot and Shoe Workers’ Union (BSWU) au Conseil des métiers et du travail de Montréal (CMTM), Meert participe à l’organisation des fêtes de son syndicat où il se fait remarquer pour ses talents d’orateur. Ainsi, lors du bal annuel tenu en 1907, « M. Arthur Meert entonna (…) l’Internationale et toute l’assistance répondit en chœur dans le refrain. »
Pendant près d’une dizaine d’années, Meert gravit les échelons au sein de la BSWU, occupant diverses fonctions au sein de l’organisation. En 1911, il est élu secrétaire du Conseil conjoint de Montréal, qui supervise les activités des différentes sections du syndicat à l’échelle régionale.
Parallèlement à ses activités syndicales, Meert joue un rôle actif au sein du Parti ouvrier. Au mois de juillet 1905, il prononce une conférence sur les bienfaits des coopératives sous les auspices du club ouvrier Sainte-Marie. Vers 1907, il adhère au club ouvrier Maisonneuve. Élu comme délégué au Conseil central du Parti ouvrier, il devient secrétaire du club ouvrier Maisonneuve en 1912, poste qu’il occupe jusqu’en 1915.
Meert s’implique aussi dans la vie politique de la ville de Maisonneuve. Il soutient notamment le Parti de la réforme municipale dirigé par Lévie Tremblay, élu maire de cette municipalité en 1915. Signe de la proximité entre les deux hommes, Tremblay est le parrain de la troisième fille d’Arthur et Madeleine, née en 1915.
Tout en conservant son emploi de cordonnier, Meert fonde en 1915 un journal local, Les Échos de Maisonneuve. Poursuivi en justice par l’éditeur du journal libéral Le Pays, Meert liquide les activités de son imprimerie et vend sa maison à son père Félix, arrivé au Canada en 1906. En 1916, Meert prend le chemin des États-Unis. On perd ensuite sa trace.